Nataliya Yakovleva - Fotolia

CloudBees veut devenir le Salesforce des BizDevOps

CloudBees veut maintenant faire de Software Delivery Management le CRM des BizDevOps et s’inspire majoritairement de Salesforce, techniquement et commercialement.

Habituellement, CloudBees organise son DevOps World au Moscone Center Ă  San Francisco. Problème, un virus d’une taille de « quelques nanomètres Â» a provoquĂ© une crise sanitaire d’envergure mondiale. Qu’à cela ne tienne, l’entreprise amĂ©ricaine dirigĂ©e par le Suisse Sacha Labourey a organisĂ© la première version virtuelle de sa confĂ©rence. RĂ©sultat : plus de 20 000 inscrits au lieu de 2000 habituellement. Il faut dire que l’approche DevOps est considĂ©rĂ©e comme un aspect essentiel de la transformation « digitale Â».

Le sujet est Ă©minemment technique. Et pourtant, CloudBees entend le rendre comprĂ©hensible pour les cadres et les mĂ©tiers des organisations. Le thème cette annĂ©e est particulièrement d’actualitĂ© : la rĂ©silience. « Pendant le confinement, beaucoup d’entreprises se sont rendu compte, j’espère, que le DevOps est un moyen d’avoir de la rĂ©silience avant d’accĂ©lĂ©rer les dĂ©veloppements Â», dĂ©clare Sacha Labourey, PDG et fondateur de CloudBees au MagIT.

En ce sens, l’éditeur (un des contributeurs principaux de Jenkins) considère que ses outils d’automatisation sont fin prĂŞts. CloudBees les range sous la catĂ©gorie Software Delivery Automation (SDA). Cette appellation chapeaute les offres CloudBees CI, CD et Feature Flags. « Nous voyons que les entreprises ont adoptĂ© ce type d’outils et qu’elles obtiennent ce qu’elles souhaitaient, c’est-Ă -dire de la vĂ©locitĂ© Â», considère le PDG de CloudBees.

Il y a pourtant un changement important sur lequel ne communique pas immĂ©diatement l’éditeur. Le modèle de tarification de CloudBees CD s’aligne sur celui de l’offre CI.

Auparavant, il n’y avait pas de forfaits suivant la taille de l’entreprise. Le prix Ă  l’entrĂ©e Ă©tait le mĂŞme pour tout le monde, ce qui dissuadait les petites organisations de complĂ©ter leur pipeline CloudBees CI avec l’offre CD. « Il faut s’attendre Ă  avoir plus d’offres SaaS dans SDM et dans SDA. Nos clients se rendent compte que gĂ©rer des ressources n’est pas quelque chose de valorisant Â», dĂ©clare Sacha Labourey.

Une « vision d’aigle Â» sur les dĂ©veloppements

Selon l’éditeur, il manque une vision d’ensemble, « comme celle d’un aigle, pour comprendre la situation Â» intimĂ©e par la multiplication des dĂ©veloppements.

C’est ce que doit apporter la « plateforme Â» Software Delivery Management (SDM), une suite de modules disponibles en mode SaaS. « Nous avons créé en quelque sorte le Salesforce de la livraison de logiciels Â», explique le PDG de CloudBees. « Ă€ la place des opportunitĂ©s commerciales, ce sont des fonctionnalitĂ©s, des environnements, des vulnĂ©rabilitĂ©s, des Ă©quipes techniques, des dĂ©veloppeurs Â», liste-t-il.

Techniquement, la proposition de CloudBees ressemble Ă  celle de Datadog dans la supervision IT : une couche de rĂ©cupĂ©ration de donnĂ©es via des agents qui auscultent les systèmes et les logiciels dĂ©ployĂ©s par l’entreprise, associĂ©e Ă  des modules, des outils applicatifs pour interprĂ©ter les donnĂ©es collectĂ©es. Le premier module se nomme « Engineering Efficiency Â».

« Il ne s’agit pas de savoir si un dĂ©veloppeur s’est endormi ou pas, mais plutĂ´t d’obtenir la comprĂ©hension mĂ©ta de ce que l’on fait en tant qu’équipe de dĂ©veloppement : combien de temps passez-vous Ă  dĂ©velopper des fonctionnalitĂ©s, Ă  dĂ©bugger des applications, Ă  bloquer les applications pour corriger des problèmes majeurs d’infrastructure, de comparer ces mĂ©triques entre Ă©quipes Â», commente Sacha Labourey. Concrètement, des outils d’analytique, de visualisation de donnĂ©es et de suivi des tâches doivent permettre une meilleure gestion des phases de dĂ©veloppement et de dĂ©ploiement.

CloudBees propose un deuxième module nommĂ© Feature Management. « L’annĂ©e dernière nous avons acquis Rollout. Feature Management offre la possibilitĂ© de suivre ce pour quoi les fonctionnalitĂ©s conditionnelles (feature flags) sont dĂ©ployĂ©es, d’analyser les mĂ©triques, de faire du A/B testing de ces fonctionnalitĂ©s Â», dĂ©clare Sacha Labourey. Feature Management est directement liĂ© Ă  Feature Flags, le produit lancĂ© l’annĂ©e dernière après l’acquisition de Rollout, sous la casquette SDA. Celui-ci permet de regrouper les feature flags (ou fonctionnalitĂ©s conditionnelles) et de les gĂ©rer dans une logique de production et d’exigences commerciales. Cependant, cet exercice est Ă  effectuer manuellement via des tableaux de bord qui doivent faciliter cette tâche.

« Il n’y a pas de solutions immĂ©diates Ă  la gestion des features flags. Cependant, des outils d’analyse de code Ă©mergent pour supprimer de vieilles règles, pour faire la collection de dĂ©chets des feature flags. Nous discutons pour ajouter ce type de fonctionnalitĂ©, cela va ĂŞtre inĂ©vitable Â», prĂ©dit Sacha Labourey.

« Il n’y a pas de solutions immĂ©diates Ă  la gestion des features flags. Cependant, des outils d’analyse de code Ă©mergent pour supprimer de vieilles règles. Â»
Sacha LaboureyPDG, CloudBees

Les prémices de SDM, inspirés de Salesforce

Ces deux modules sont directement adressĂ©s au « product owner Â», celui qu’en bon français on a de plus en de mal Ă  nommer chef de projet et qui en anglais devient petit Ă  petit le BizDevOps. « Aujourd’hui, les modules de SDM s’adressent aux engineering managers et aux product owners. Mais les entreprises et les dĂ©veloppeurs peuvent dĂ©velopper leurs propres modules Â», assure Sacha Labourey qui justifie encore une fois la comparaison de CloudBees avec Salesforce. « Certains dĂ©veloppeurs ont utilisĂ© des algorithmes NLP pour analyser le sentiment des pull requests pour voir s’ils sont perçus positivement ou nĂ©gativement. En interne, nous avons appliquĂ© du machine learning sur des tickets JIRA fermĂ©s, pour savoir qui les ferme et dans quelles conditions afin de recommander les Ă©quipes pour les aider Ă  traiter les problèmes Â», relate-t-il.

En mai dernier, un porte-parole de l’éditeur expliquait au MagIT que SDM Ă©tait constituĂ© de deux produits : Product Hub et Value Stream Management. Product Hub c’est justement la couche de rĂ©cupĂ©ration de donnĂ©es et de connexion Ă  des outils tiers qui permettent d’obtenir cette vision « d’aigle Â». Cependant, et contrairement Ă  un Datadog dans un autre domaine, CloudBees ne veut pas vendre simplement une couche technique.

« Nous avons créé en quelque sorte le Salesforce de la livraison de logiciels. Â»
Sacha LaboureyPDG, CloudBees

« Product Hub est en train d’être fusionnĂ© avec Feature Management. Value Stream Management [autrefois DevOptic N.D.L.R.] a Ă©tĂ© créé Ă  une Ă©poque oĂą SDM n’existait pas. Nous percevons SDM comme quelque chose de beaucoup plus gĂ©nĂ©rique que Value Stream Management qui devient lui aussi un module Â», dĂ©clare Sacha Labourey.

Commercialement, CloudBees s’inspire de Salesforce, encore. « Pour l’instant nous nous concentrons sur la vente de modules. Peut-ĂŞtre qu’à terme nous proposerons une plateforme gĂ©nĂ©rique, Ă  l’instar de Salesforce Â», indique le PDG de CloudBees. PrĂ©cisons que les offres SDM sont purement SaaS alors que le catalogue SDA comprend encore des solutions sur site.

D’autres acteurs ciblent les BizDevOps, ces responsables de projets. Atlassian a prĂ©sentĂ© une offre similaire, mĂŞme si des questions concernant les intĂ©grations avec certains outils restent en suspens. Plutora, Tasktop ou encore Puppet se lancent sur ce marchĂ© Ă  l’instar de CloudBees. Ce concept encore jeune provoque une forte compĂ©tition chez les Ă©diteurs. Reste Ă  savoir si la sauce prendra chez les grands comptes, dont certains peinent encore Ă  se rĂ©organiser autour des principes DevOps. CloudBees semble se donner le temps : les deux modules de SDM seront disponibles au quatrième trimestre 2020.

Pour approfondir sur Applications et services